Mot du pdt Emmaüs France

 

Au cours du 1er semestre, près de 140 000 migrants ont tenté de traverser la Méditerranée, au péril de leur vie, pour fuir les guerres, les conflits et les persécutions, comme nos grands-parents ont pu être amenés à le faire lorsqu’ils furent confrontés aux mêmes drames, ici en Europe. Dans le même temps, près de 2 000 d’entre eux sont morts, naufragés de la misère et de l’exclusion. Dans le même temps, des milliers de migrants vivent dans des conditions de vies effroyables et inhumaines à Calais, à Paris et ailleurs. Dans le même temps, les gouvernants européens et français se réunissent, tergiversent, créent des commissions, commandent des rapports, érigent de nouveaux murs de la honte. Or, il est plus qu’urgent d’agir et d’en finir avec l’indifférence, la fatalité, le repli sur soi, la peur, le cynisme et l’hypocrisie. Ce ne sont pas les pauvres, d’ici ou d’ailleurs, qui créent la pauvreté mais un modèle qui privilégie la liberté de circulation des capitaux et des marchandises, incapable de valoriser la richesse humaine, la richesse de l’accueil et du partage.

 

Les acteurs du mouvement Emmaüs se mobilisent, avec les moyens qui sont les leurs, sans aide de l’Etat, par le fruit de leurs convictions et de leur travail, pour accueillir, aider et accompagner les migrants arrivant sur notre sol, désespérés et épuisés. Tous les jours, les compagnes et compagnons, bénévoles et salariés accueillent des migrants dans les communautés, les centres d’accueil et d’hébergement, les structures d’insertion. Beaucoup de militants d’Emmaüs, certains migrants eux-mêmes, se sont rendus à Calais pour apporter matériel et nourriture.

 

Ces actions, montrent qu’ils ont toujours à l’esprit l’exortation permanente de l’Abbé Pierre : « Et les autres ? ». Ils montrent que rien n’est impossible.
« Et les autres ? » nous rappellent aujourd’hui Maria et Alain, en décidant de traverser la Méditerranée, à la nage et en canoë, par le détroit de Gibraltar. Lanceurs d’alerte, éveilleurs de conscience, ils nous rappelent que nous ne sommes véritablement humains que lorsque nous sommes capables de nous poser la question des autres, des exclus d’ici ou d’ailleurs, de notre tradition d’accueil.
Qu’avons nous fait de cette tradition d’hospitalité, fondement de notre civilisation, de notre humanité ? A chaque mort en méditerranée, c’est un peu de notre humanité qui se meurt. « On sera riche ensemble ou on va se noyer ensemble » nous disait récemment Fatou Diome, écrivain franco sénégalaise. Soyons riches ensemble d’humanité, nous disent, par leur action, Maria, Alain au nom de l’ensemble des acteurs du mouvement Emmaüs.

Merci à eux.

Thierry KUHN, président d’Emmaüs France