Mot de Titouan Lamazou

 

© crédit : Vincent Arbelet
© crédit : Vincent Arbelet

 

« Vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne. »
Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755*, 

Jean-Jacques Rousseau.

 

Il me paraît évident que si la France, l’Europe et le monde ouvraient leurs frontières, acceptant ainsi de partager « les fruits de la terre », nous vivrions beaucoup mieux.

D’un point de vue humaniste ou simplement humain, les lois faisant du migrant un clandestin sont violentes, injustes et leurs conséquences trop souvent tragiques.

Sur un plan purement économique, grillager les contours de l’Europe et entretenir la sentinelle Frontex pour endiguer l’immigration me semble vain et d’un coût exorbitant. Une telle politique est aussi absurde que si l’on choisissait un jour de construire des digues gigantesques au long des rivages pour contenir la montée des eaux et prétendre ainsi pallier le réchauffement climatique.

L’immigration vers la France et l’Europe n’a rien de la marée catastrophique que d’aucuns croient pouvoir décrire. D’éminents économistes affirment depuis longtemps que l’ouverture des frontières bénéficierait aux « pays hôtes ». Mais s’il fallait se préoccuper de freiner l’arrivée d’« étrangers », ériger des murs ne servirait à rien, sinon à créer plus de misère. On le constate tous les jours.

Migrations de la misère et des conflits ou migrations engendrées par le dérèglement du climat relèvent d’une même cause : cette course au pouvoir et à la richesse d’une infime minorité d’entre les hommes qui fait et fera payer infiniment cher son appétit au reste de l’humanité.

En matière de gestion des migrations et de l’immigration, le législateur devrait s’inspirer de ces lignes fondamentales tirées du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

 

Commençons déjà par appliquer l’Article 13.

 

Titouan Lamazou

 

* Citation complète de Jean-Jacques Rousseau :
«  Le premier qui, ayant enclos du terrain, s’avisa de dire : « Ceci est à moi » et trouva des gens assez simples pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile. Gardez-vous d’écouter cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne.  Quand les héritages se furent accrus en nombre et en étendue au point de couvrir le sol entier et de se toucher tous, les uns ne purent plus s’agrandir qu’aux dépens des autres. De là commencèrent à naître la domination et la servitude.  »