La Marche | Lettre à l’abbé

Très cher Abbé Pierre.
Il me semble que je peux vous appeler comme çà tant ce que vous avez fait, durant le temps que vous étiez parmi nous, me touche, m’émeut et m’enthousiasme.
Depuis que vous êtes parti pour vos grandes vacances, non seulement les hommes ne se sont pas réconciliés mais ils sont parvenus à créer encore de nouvelles barrières entre eux.
Nous devions donc défendre, avec force et vérité, cet article 13 que vous aviez co-rédigé. De Toulouse à Paris, en marchant. Telle était l’idée.
Et donc, depuis 10 jours, me voilà sur les routes nationales de France, portant sac à dos et drapeau à l’emblème de cet article 13.
Tout d’abord, je voudrais préciser quelque chose. J’entends, dans les commentaires qui me concernent, souvent le mot « courage ». Quel courage il a, comme il est courageux, etc …
Je remercie vraiment ceux qui les écrivent mais je voudrais leur dire que le vrai courage, sur le sujet dont nous parlons maintenant, est celui de toutes celles et tous ceux, enfants, femmes et hommes, qui, un jour, poussés par le désespoir, la peur, la haine, quittent leur maison, leur village, leur ville, leur pays, pour partir vers des contrées inconnues, des pays fantasmés.
Elles ou ils vont traverser plusieurs Etats, le plus souvent rejeté(e)s, mal accepté(e)s, hai(e)s, spolié(e)s.

Et quand, enfin, elles ou ils croient toucher la terre promise, rêvée, commence pour eux la douloureuse attente d’hypothétiques papiers, le stressant désespoir de ne rien voir arriver.
Alors Monsieur l’Abbé, comment pourrais-je, moi qui ait toujours vécu à l’abri de mon passeport français, accepter avec gratitude ce simple mot de « courage ».
Chaque homme porte en lui toute l’humanité. Je ne sais plus qui a dit cela mais j’aimerais tant que, durant cette marche, ces mots résonnent en moi pour me porter, me soutenir et me guider.
Quelle joie, pourtant, de voir et d’entendre, tous les jours sur les routes, les klaxons et les gestes d’encouragement. Un « V » de la victoire, un sourire en montrant le drapeau que je porte sont pour moi des regains d’espoir, un désir d’humanité. Et j’avoue que parfois je sens ma gorge se nouer quand une voiture s’arrête dans un endroit improbable et même dangereux (comme aujourd’hui entre Limoges et Bellac) pour, simplement, me dire : « Continuez !!!!! Nous sommes avec vous !!! »
Voilà, Monsieur l’Abbé, mon humeur présente. Je n’ai aucune prétention, aucune ambition, sinon celles de voir, un jour les Hommes de ma planète vivre en harmonie, de réaliser notre rêve commun : « Joie , bonheur, partage et solidarité pour toutes et tous pour le bien commun ».
Michel Frédérico. Bellac (Haute-Vienne, France).